La Bataille de Cerneloog

    En ce 4 juillet de l’an 2564, la flotte de Messire Othon de Minesinnen rencontra celle du comte Pierre IV de Locriven et lui livra bataille. La flotte de Messire Othon avait quitté le port d’Adlerhorst dans la journée du 20 juin mais en raison de vents défavorables se trouvait encore au nord de Cerneloog.

    Au premier quart de marche, le vent soufflait du levant et le ciel bien pur donnait longue vue. Les galères de course fournies par le duc d’Adlerhorst furent détachées sur l’avant comme à l’accoutumée. Au second quart, le vent forci et les nuages virent couvrir le ciel. Vers dix heures, la galère de course babord signala qu’elle voyait l’ennemi. Messire Othon et ses gens qui se trouvaient sur la galère amirale écoutèrent une brêve oraison du père Wilhelm. il y avait là Norrin de Rotzunge de grande renommée, Gotwill sage homme et bon chevalier de mûr conseil, un elfe qui intriguait fort l’équipage car nul n’en avait vu jusqu’alors et maints autres bons chevaliers qui ne sont pas nommés ici.

    La flotte se mit alors dans l’ordre convenu, le premier front était constitué des galères de Messire Othon, menées par le navire amiral qui se trouvait au centre de la ligne. En seconde ligne se trouvaient les galères du duc d’Adlerhorst, commandées par le baron d’Eisfeld qui se tenait sur la principale. Les navires qui transportaient l’ost s’étaient regroupés sous le vent de la ligne, escortés par les galères de course. Tous serraient le vent autant qu’ils le pouvaient pour être au plus vite au vent de l’ennemi.

    L’ennemi se présentait derrière une ligne de canonnières, ce sont de grandes chaloupes à fond plat avec un lourd canon tirant par la proue. Ses chebecks étaient ordonnés en deux files, chacune précédée d’une caravelle. Les brigantins étaient déployés en seconde ligne.

    Sachant l’ennemi plus rapide par bon vent, il avait été décidé de lui laisser l’initiative. Nous vîmes que les navires de Pierre IV tendaient à venir droit au navire amiral, précédés par les caravelles d’où bientôt on vit sortir flammes et fumées. Le capitaine commanda de les canonner mais les artilleurs firent feu avec trop de hâte et la salve s’égara. Malefortune fit que le coursier fut endommagé, privant la galère de sa plus grosse pièce. Malgré les manoeuvres du navire, l’une des caravelles vint aborder la proue et y communiqua l’incendie qui ravageait son bord. Les quatre chebecks essayèrent alors d’aborder la galère capitale et passants par son travers firent feu par les deux bordées. Le pont du navire amiral fut balayé par la mitraille et les deux galères voisines furent touchées à la coque. Le mauvais sort voulu que le tir de nos artilleurs fut très hâtif et ne causa que de faibles dommages. Deux navires ennemis abordèrent le navire amiral, celui qui portait la marque du comte de Locriven, ayant manqué à aborder, se retrouva isolé entre nos deux lignes. un des brigantins ennemis vint se joindre aux deux chebecks au couple de la capitale. Les autres passèrent à travers notre ligne et canonnant les ponts de nos galères. Les canonnières concentrèrent alors leur feu sur les galères endommagées et bientôt l’une d’elle reçu tel dommage qu’elle sombrait.

    Mais leur assaut avait rompu la belle ordonnance des navires de Locriven, les galères de la seconde ligne se portèrent sur eux comme l’aigle se jette sur la tourbe des colombes. Les navires du duc d’Adlerhorst firent grande merveille sur notre flanc tribord coulant trois brigantins au canon et à l’éperon. Le navire du baron d’Eisfeld prit à partie le navire amiral ennemi et lui causa fort dommage avec ses canons. Puis il s’en vint éperonner un des chebecks dont l’équipage montait déjà à l’assaut de celui de messire Othon. Il y avait là une mélée furieuse car l’équipage était pressé sur trois côtés et le capitaine avait mandé tant d’hommes pour combattre les flammes par crainte que le feu ne prenne à la réserve de poudre, que les hommes du comte de Locriven repoussèrent les nôtres de deux bords malgré les prouesses des combattants. Messire Othon s’était jeté dans la mélée et maint il frappa et de maint fut frappé car tous tentaient de l’atteindre. Mais soudain il fut entouré d’ennemis et reçu un coup qui fit craindre qu’il fut sérieusement navré. Ce voyant, l’équipage qui avait tant souffert de la canonnade et qui se retirait sous les coups, rompit le rang malgré le secours des hommes du baron d’Eisfeld qui se lançaient sur les arrières de l’ennemi. La honteuse fuite de ses hommes laissa messire Othon et quelqes chevaliers seuls face à ses ennemis. ceux ci voyant partout la déroute de leurs forces, loin de désespérer, redoublèrent d’ardeur pour s’emparer des chevaliers.

    En ce point se passa une chose étrange, car si ne restaient combattre que messire Othon, Norrin de Rotzunge, Gotwill, l’elfe et quelques autres, on les vit disputer à savoir qui pourrait combattre, nul ne voulat à autre sa place céder. Enfin à trois, messire Othon, Norrin de Rotzunge et l’elfe nommé Sülimërion se battirent si durement qu’ils occirent quatre hommes et en navrèrent cinq. Entre ces choses, deux nouvelles galères avaient abordé les navires ennemis si bien que les ennemis, pressés de tant de part et voyants que messire Othon ne se laisserait prendre, rendirent leurs épées.

    Le capitaine commanda alors de redoubler d’effort pour combattre les flammes qui ne furent pas maîtrisées sans lutte, ce qui fit craindre pour la sûreté du navire. Alors tous rendirent hommage à messire Othon et aux siens qui avaient si bien soutenu le combat contre une multitude et qui auraient été pris à grand dommage, n’était leur merveilleuse vaillance.